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10/07/2008
 

À l’école de l’Art...

Le film de fin d’étude. Vous en trouverez une nouvelle fournée chroniquée dans notre numéro d’été. Logiquement, on pense au film de fin d’étude comme à la carte de visite d’un cinéaste en devenir, son passeport pour “le grand monde”. Or, depuis quelques années que nous, les plus jeunes membres de la rédaction, les suivons, un constat attristant s’impose. D’une façon générale, le niveau de qualité de ces films déçoit, et, surtout, ils nous apparaissent comme une production homogène et dépersonnalisée. Est-ce à dire qu’il n’y a plus de talents singuliers en herbe en Belgique francophone? Ou une part de responsabilité peut-elle être imputée aux établissements qui produisent ces oeuvres? Voici les questions qui ont motivées cet éditorial, premier d’une nouvelle série d’espaces d’expression libre pour les rédacteurs de Cinergie, auxquels nous vous encourageons à réagir.

Premier constat majeur: un manque flagrant de rigueur, sinon d’intérêt, dans l’écriture. C’est singulièrement le cas à La Cambre où les films sont avant toute chose des réalisations techniques. Les écoles semblent ne pas considérer à sa juste valeur l’élément primaire, essentiel, de la construction d’un film: le scénario. Et ce faisant, elles cultivent un paradoxe puisque les deux grands établissements que sont l’IAD et l’INSAS poursuivent le culte suranné de l’auteur-réalisateur, un double emploi qui n’est plus du tout en phase avec la réalité du métier. A l’INSAS, les cours d’écriture à proprement parler n’existent tout simplement pas. A l’IAD bien, mais ils sont traités comme la dernière roue du carrosse, en partie donnés par des réalisateurs qui n’écrivent pas leurs propres films, et abandonnés les dernières années de la formation, celles qui conduisent au film de fin d’étude! Et cela, si vous avez la chance d’en tourner un! Car au contraire de ce que le bon sens semble dicter, un élève qui paie son minerval ne choisit pas le genre de film qu’il va tourner: fiction, documentaire, ou… rien du tout. La cause à un manque de moyen. Le comble pour une école privée. De deux choses l’une: soit l’IAD recrute trop, en ce compris des gens qui n’ont peut-être pas le talent ou la passion nécessaire, soit il faut solutionner ce problème de fonds. A titre d’exemple, à la FEMIS de Paris, les étudiants peuvent partir à la chasse aux subsides et financements privés, ce qui ne fait que les préparer à la réalité du terrain.


De l’autre côté du spectre: ELICIT, la section “écriture et analyse cinématographiques” de l’ULB. Celle-ci propose des cours et des ateliers de scénarios donnés par des professionnels et des érudits. Malheureusement, cet apprentissage de qualité reste coincé au niveau théorique, avec à la clef peu de débouchés pour ces nouvelles plumes. Est-il si difficile d’imaginer des collaborations entre ces écoles ? Osons un instant rêver le scénario d’un élève d’ELICIT, réalisé par un petit gars de l’IAD grâce à une équipe technique de l’INRACI, assemblé par une gentille monteuse de l’INSAS et interprété par des élèves des sections théâtre… Au hasard. Dans un monde parfait, nous aurions tendance à penser que c’est à ça qu’une école de cinéma (comme la mythique USC qui a vu surgir le Nouvel Hollywood) devrait ressembler. Un lieu d’émulation et d’expérimentation. Au lieu de cela c’est la loi de la jungle et la guerre des clans qui prévalent. La phrase écrite à la craie par une main anonyme dans la hall de l’IAD résume bien cet état d’esprit: “A l’école de la poésie, on n’apprend pas: on se bat”. Mais il y a mélange des genres. Lorsque Léo Ferré écrivit ces mots, c’était un appel à l’insurrection artistique, au soulèvement créatif. Ici, ils sont devenus synonymes d’une lutte interne incessante. Le but? Se faire bien voir du cercle étrange des professeurs de cinéma, qui mélange professionnels respectés et artistes frustrés et revanchards. Pour cela, la formule est vite connue: ce n’est pas du cinéma qu’il faut faire, mais de “l’art”. L’art qui véhicule “un message” à “la société”, l’art qui ne tend pas de ponts entre les personnes, l’art qui méprise la narration, vulgaire objet de fascination des foules, depuis Homère jusqu’à Stanley Kubrick. Il est bien évident qu’un film devrait toujours naître d’une réaction profonde et d’une émotion, mais est-ce de l’art que de crier dans le désert, en adoptant l’attitude la plus élitiste possible? Lueur d’espoir, la toute nouvelle section scénario de l’IAD, dont l’avenir dira si elle ouvrira la porte à plus de… synergie.

Pour l’instant, au nom de cette politique, il nous semble qu’une épée de Damoclès pèse sur les élèves. Beaucoup ressortent de ces établissements avec encore leurs preuves à faire, et tout simplement déçus de leur propre travail. Car un film “brandé” INSAS ou IAD est toujours d’abord un film INSAS ou IAD. Au lieu d’encourager l’expression d’un univers personnel, les écoles formatent petit à petit leurs recrues et la plupart des films se ressemblent furieusement, non seulement au sein d’une école, mais même entre elles (à l’exception notable de La Cambre).

Dernier problème : celui de la visibilité. Ces “cartes de visite” du réalisateur, ainsi que des techniciens, pourquoi restent-elles pratiquement invisibles en dehors des murs de l’école? Si l’IAD et La Cambre promeuvent leurs films dans les festivals, la politique de l’INSAS en la matière s’apparente à un embargo. Pourquoi filme-t-on ?... Pour ranger les films dans une cave une fois l’année académique terminée ? Tout autant qu’un bon film, y compris documentaire ou expérimental, n’existera jamais sans une bonne histoire, un film qui n’est pas vu, il faut l’affirmer, est un film qui n’existe pas!

Alors, la notion même de « public » serait-elle devenue tabou dans les écoles de cinéma ? Une chose est sûre en tous cas, l’école n’est pas, ou plus, le début du chemin, ce n’en est que le prologue. Tout reste à faire et à inventer.


 

Grégory, Matthieu et Katia

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